Borderline State-Border/ Etats limites, Limites d'Etat

2009/2011

Installation/Sculpture

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Photographs/photographies

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Videos/performances

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“Borderline/State Border” Exhibition, 2012

Text written by Deborah Abergel


 

“Borderline/State Border” exhibition, co-constructed by the Abergel sisters, is a collection of artistic photographs, installations and videos created by Elodie Abergel between 2007 and 2012 in Jerusalem and its surrounding areas.

 

"Borderline" refers to a personality type defined by psychoanalysis as an intermediate organisation between states of neurosis and psychosis. This kind of person suffers from separation anxiety and ‘object loss’. This kind of person oscillates within relationships of dependence (anaclictic) on the one side and aggressive manipulation on the other. Not having been able to develop an adequate internal sense of security within this “borderline” state, this person splits from himself in an effort to defend himself from internal psychological conflicts. These individuals will use denial or other defence mechanisms to cope with their inner conflicts, such as projective identification; projecting one’s thoughts, beliefs or emotions onto another. This results in confusion between the self and others. Additionally, this person has trouble dealing with frustration and may resort to violent acts (acting out) as a way to manage and control their anguish.

 

“State Border” refers to the centrality of Jerusalem in peace negotiations where boundaries between real and expected state borders remain blurred. Questioning the separation of a real yet imaginary territory, at once shared and distinct, this work represents the strong symbolic value imbued by each claimant to the land.

 

The artwork presented in the “Borderline/State Border” exhibition seeks to incite an in-depth reflection of Israeli and Palestinian internal insecurities concerning the current situation, where they have reached an impasse. The artist shows Israeli-Palestinian youth taken hostage by this conflict in “Walled-in, Boxed-in” as well as the powerlessness felt by the international community for which this conflict remains a central pact, “U.N. Pact”.

 

The greater part of the works in this exhibition were created in Jerusalem, a Holy City, three times over, where every stone bears the weighty burden of the past, recalled by the “Monopierristes, pictured in prayer. Jerusalem, a borderline town, is where the artist virtually reconnects people with multiple identities (Taddeout Ze’ut) in “Connexion”. It is a city, disputed since time immemorial, where repetition is embodied by those who have power in the city, shown in the

collection of photographs entitled “Arrests”. The artist uses humour to raise awareness in “Signal-ethics”, reclaiming elements in the urban space of Jerusalem to expose the absurdity of the situation.

 

There is trauma in each of these people resulting from the Shoah (Holocaust) for some and the Naqba for others; they are one and all “Dislodged”. The artist tries to draw a parallel between the suffering and trauma of both people, without comparison, through what unites them rather than in what separates them. She denounces in “Home”, the contrast within the Middle-East, where the inner and outer limits often appear clearer to those in the West, who try to reveal its contours. This ambiguity captured by the artist invites the viewer to join her on a hallucinatory journey in “This is God’s Country”, where confused perception evokes the effect of a “Disorganizing Trauma”.

 

These works of art call into question the place of the father, as well as the salience of deism in the very structure of these patrilineal societies who say continually “In the Name of the Father”. The artwork also questions the complexity of sharing this earth, heavily disputed between covetous brothers, symbolised by the olive tree in “Tree of Peace and Discord”. These fertile grounds of Jerusalem, represented by a plaster cast of the artist’s body, and from which spring the “Sein des Saints”, hang the stones of an endless struggle, whose words fall helplessly to the ground.

 

The artist plays with the symbols (colours and motifs) belonging to each in “Hasar-dieux” and “Recovery”, where she decries their fear of losing themselves. Each can find themselves “Alone in the World”, with his fears, his grief and his hope.

 

And finally, facing such complexity, the artist is powerless, despite her dream of peace in “Secular Depression”, she insists on repetition to highlight the perils of the situation. This is also what she censures by the repeated gesture, shared in “Fallafel”.

 

The “Borderline/State Border” exhibition is an act of resistance taking shape in art; it is the victory of Eros over Thanatos in the face of man’s folly.

 

Exposition « Etat-limite, limite d’état », 2012

Texte de Déborah Abergel

 

L’exposition « Etat-limite, limite d’état », co-construit par les sœurs Abergel, rassemble des œuvres photographiques, des installations et des performances vidéo créées par Elodie Abergel entre 2007 et 2012 à Jérusalem et dans ses environs.

 

« Etat-limite » fait référence à un type de personnalité défini en psychanalyse comme un aménagement intermédiaire entre la névrose et la psychose. Une personne « état-limite », appelée aussi « borderline » souffre d’angoisse de séparation et de perte d’objet, ce qui signifie qu’elle oscille entre une relation de dépendance (anaclitique) à l’autre ou de manipulation agressive. N’ayant pas développé de sentiment de sécurité intérieur suffisant, la personnalité "état limite" se sert du clivage pour pouvoir séparer le côté bien adapté de sa personnalité et ses conflits psychique internes. Elle utilise d'autres mécanismes de défense tel le déni et la projection de ses propres mouvements internes sur autrui (identification projective). Il en résulte parfois une confusion entre ce qui est interne et ce qui est externe sans toutefois que la personne perde la capacité de différencier le soi et l'autre. Aussi elle tolère difficilement la frustration et règle généralement ses conflits psychiques par des passages à l’acte violents pour tenter de juguler son angoisse.

 

« Limite d’état » fait référence à la place centrale qu’occupe Jérusalem dans les négociations de paix où les frontières entre états réel et espéré demeurent floues. Ce travail artistique questionne la séparation réelle et imaginaire d’un territoire à la fois commun et distinct, revendiqué par chacun et à forte valeur symbolique.

 

Les œuvres présentées dans l’exposition « Etat-limite, Limite d’état » concourent à nourrir une réflexion sur l’insécurité « intérieure » des peuples israéliens et palestiniens dans le contexte actuel et sur l’impasse de la situation. L’artiste montre une jeunesse israélo-palestinienne, otage de ce conflit, enfermée, « Emmuré-emboîté » et l’impuissance de la communauté internationale, pour laquelle ce conflit demeure un « U.N.Pact » central.

 

La plupart des œuvres de cette exposition ont été crée à Jérusalem, ville trois fois Sainte où chaque pierre porte le poids d’un passé dont les « Monopierristes » se souviennent en priant. Jérusalem, ville frontière, où l’artiste relie virtuellement les populations aux identités multiples (« Teoudat Zeout ») dans « Connexion ». Jérusalem enfin disputée depuis toujours où la répétition s’incarne à travers ceux qui ont le pouvoir dans la ville, ce dont témoignent les photos réunies sous le titre « Arrestations ». L’artiste utilise l’humour pour éveiller les consciences dans « Signal-éthique » se réappropriant des éléments de l’espace urbain pour dénoncer l’absurdité de la situation.

 

A partir d’un traumatisme pour chacun de ces peuples, la shoah pour les uns, la Naqba pour les autres, ils se trouvent les uns puis les autres « Délogés ». L’artiste tend à mettre en parallèle les situations de souffrance de ces deux peuples (sans les comparer) dans ce qui les rapproche bien plus que dans ce qui les sépare. Elle dénonce dans « home » le contraste saisissant entre un Moyen-orient où l’intérieur et l’extérieur n’apparait plus clairement délimité et l’occident qui tente d’en définir les contours. Ce flou conduit l’artiste à inviter le spectateur a un voyage hallucinatoire dans « this is god’s country », où la perception confuse évoque l’effet d’un « traumatisme désorganisateur ».

 

Les œuvres questionnent aussi la place du « père » si présente, autant dans la prégnance du déisme, que dans la structure même de ces sociétés patrilinéaires qui se réfèrent sans cesse « Au nom du Père ». Elles interrogent aussi le partage si complexe de cette terre-mère, symbolisée par l’olivier « Arbre de paix et de discorde », que se disputerait jalousement des frères. Cette terre-mère nourricière de Jérusalem représentée par le moulage du corps de l’artiste suspendu, d’où jaillissent des « seins des saints », les pierres d’un combat sans fin que les mots font tomber à terre.

 

L’artiste joue avec les symboles (couleurs et motifs) propre à chacun dans « hasar-dieux » et dans « recouvrement », où elle dénonce leurs peurs de pertes identitaires. Ainsi chacun se retrouve « seul au monde » avec sa peine, sa peur, son espérance.

 

Enfin devant une telle complexité, l’artiste se sent impuissante malgré ses vœux de paix dans « dépression laïque » et insiste sur la répétition pour souligner l’aspect mortifère de la situation. C’est aussi ce qu’elle dénonce par la répétition d’un geste partagé dans « Fallafel ».

 

Cette exposition « Etat-limite, Limite d’état » est un acte artistique de résistance, une victoire d’Eros contre Thanatos devant la « folie » des hommes.

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